| Cette entreprise conceptuelle fondée par Iain Baxter en 1966, officiellement incorporée en 1969 a été exploitée avec Ingrid Baxter jusqu’en 1978. Les objectifs de N.E. Thing Co. (l’acronyme laisse entendre anything, toute chose) se lisent comme suit dans le document d’incorporation provincial :
i. produire de l’« information sensible »;
ii. fournir des services de consultation et d’évaluation,
dans le respect de choses;
iii. produire, fabriquer, importer, exporter, acheter, vendre et
s’occuper de toutes les façons de choses de toutes sortes.
Cette « personnalité d’entreprise »
a permis à Baxter d’organiser sa
production artistique dans divers départements
– recherche, comptabilité, ACT et
ART (Aesthetically Claimed Things et Aesthetically
Rejected Things), photographie, impression, COP
(copie et plagiat), cinéma, projet et service
de consultation – et de diversifier son
champ d’intervention dans les domaines de
l’environnement, du commerce, des nouvelles
technologies de l’époque (le télécopieur
et le télex). Le programme esthétique
de N.E. Thing Co. reconnaissait non seulement
les émotions mais aussi les jugements,
les faits, les idées, l’environnement
comme des «informations sensibles ».
Un artiste, toujours selon ce programme, est considéré
comme un producteur d’informations sensibles
responsable de les percevoir, de les organiser,
de les interpréter et de les diffuser.
Le concept de sensitivity information
(SI) recouvre également une attitude multidisciplinaire
prenant en considération aussi bien l’information
sensible visuelle (VSI), sonore (SSI), mobile
(MSI) que celle qui relève de l’expérience
(ESI). Toujours selon ce programme esthétique,
le langage est un mode d’expression privilégié
parce qu’il permet d’accéder
à des formes d’expériences
sensibles qui dépassent la seule relation
visuelle aux choses.
L’abondante production de N.E. Thing Co.,
hétérogène, déroutante
et toujours systématiquement marquée
par les déplacements et la vie quotidienne
des présidents de la compagnie, demeure
difficile à délimiter. N.E. Thing
Co. a ainsi planifié l’organisation
d’expositions personnelles, la réalisation
d’un environnement au Musée des beaux-arts
du Canada, une expédition dans l’Arctique
en compagnie de Lucy Lippard et de Lawrence Weiner,
la collaboration à des expositions internationales
d’art conceptuel, la réalisation
de projets à distance, les services de
consultation d’entreprise, le développement
d’un programme d’enseignement, la
diffusion et la production d’informations
sensibles de toutes sortes, la conception de catalogues,
l’ouverture d’un laboratoire photographique
spécialisé (N.E. Photo Lab) et même
d’un restaurant (Eye Sream). La compagnie
s’assure également d’augmenter
sa visibilité en concevant un logo, de
la papeterie officielle et des slogans, en participant
à des foires commerciales, en commanditant
une équipe de hockey sur glace junior et
des spectacles de natation synchronisée,
en réalisant des couvertures de livres
et de magazines et même l’affiche
officielle des Jeux olympiques de Montréal
en 1976.
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