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STAN DOUGLAS
  De nombreux artistes réalisent des remakes, souvent dans le but d’interroger leur rôle dans la production du sens et de l’idéologie. Lorsque Stan Douglas réalise le remake de Journey into Fear (2001), drame d’espionnage d’abord produit en 1942 par Norman Foster, puis reproduit par Daniel Mann en 1975, c’est pour tenter de retracer les déterminismes économiques et politiques sous-jacents à leur contexte d’énonciation. Stan Douglas explique comment le monde a substantiellement changé entre les époques où ont été produites les deux versions précédentes : « La première version a été faite pendant la Deuxième Guerre mondiale en 1942 alors que le contexte du remake de 1975 était celui de la crise pétrolière de 1973, deux événements significatifs qui manifestent la transition de l'internationalisme à la mondialisation : le passage d’un monde où le pouvoir se négociait par le politique à un autre où ce sont les finances qui servent de moyen d'influence » 1. L’action de la version de Douglas se situe sur un cargo et le dialogue entre le responsable de la cargaison et le commandant rend compte de ce passage historique entre la prééminence du politique et celle de l’économie mondialisée. Le diptyque photographique Journey into Fear (2001) consiste en une photographie de plateau qui nous permet d’observer le décor dans lequel s’est joué le remake de Stan Douglas. La réalisation de ces deux photographies qui renvoie explicitement au genre du making of a ici pour fonction de nous rappeler que cette fiction se joue dans le contexte d’une production cinématographique et également dans une situation d’énonciation réelle.



 


Stan Douglas, Journey into Fear: Pilot's Quarters 1, (detail), 2001, diptych, épreuves à développement chromogène, 71 x 89 cm chacune.
Avec l'aimable permission de l'artiste.