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MAKING
CONTEMPORARY
PHOTOGRAPHIC ART IN CANADA: THE SPACE OF MAKING
Du 14 janvier au 27 février 2005, Neuer Berliner Kuntsverein,
Berlin
commissaires : Marie-Josée Jean
Nicolas Baier , Lynne Cohen, Stan Douglas, Isabelle Hayeur,
Vid Ingelevics, Emmanuelle Léonard, Mark Lewis, Scott
McFarland, Louise Noguchi, Alain Paiement, Carlos and Jason
Sanchez, Michael Snow
Vue
de l'exposition |
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En
1969, Jeff Wall publie son livre Landscape Manual
dont le texte annoté fournit un commentaire sur
la prise de vue du paysage alors que les images, illustration
du mode d’emploi, cadrent une route de banlieue
avec ses terrains vagues, ses voitures et ses maisons.
En s’appropriant la méthodologie de l’ouvrage
didactique, l’artiste propose ainsi une narration
critique sur la genèse d’un phénomène
urbain tout en parodiant le regard « objectif »
du documentaire photographique. « Les faits sont
toujours en interdépendance avec la pensée
», écrit Wall en 1970 à propos de
son Manuel, réitérant l’importance
de sa démarche conceptuelle1. Toujours
en 1969, N.E. Thing Company, dirigée par le duo
d’artistes de Vancouver Ingrid et Iain Baxter, installe
des panneaux signalétiques sur une route quelconque
de l’Île-du-Prince-Édouard. La séquence
photographique reconstituant ce parcours nous informe
que nous traversons un Quarter Mile N.E. Thing Co.
Landscape. Les images, bien qu’elles soient
fixes, imitent ingénieusement l’ellipse cinématographique
qui, en raccordant des espaces et des temps, suggère
la temporalité du trajet. Une carte géographique,
placée à la suite des images, localise le
site alors qu’un croquis retrace le chemin parcouru.
N.E. Thing Company joue de contradictions qui forcent
notre attention : c’est par la nature descriptive
du texte qu’elle produit une expérience de
l’espace, c’est par l’immobilité
de l’image qu’elle fait voyager, c’est
par l’humour qu’elle rappelle les limites
de la photo-graphie quand il s’agit de reconstituer
une telle expérience spatio-temporelle. Également
en 1969, Ian Wallace parcourt les boulevards de Vancouver,
y recherchant les formes architecturales de la modernité
superposées aux traces urbaines de la vie quotidienne.
Les images qu’il réalise durant cette période
reproduisent « rigoureusement » les erreurs
classiques de la photographie amateur – cadrage
approximatif, reflets indésirables, indifférence
à l’éclairage, interférences
d’objets dans le champ visuel –, ce qui leur
donne un caractère banal, quasi insignifiant. Ce
manque volontaire de savoir-faire a toutefois le mérite
de diriger l’attention sur le faire, ce
qui ne rend pas pour autant invisibles la ville et sa
représentation, mais les présente du point
de vue de leur matérialité.
Ce qu’ont en commun l’entreprise conceptuelle
de ces trois artistes est que leur processus de production
de l’espace ne se situe pas derrière la scène
mais constitue la substance même de leurs images.
Poursuivant la réflexion qu’il avait entreprise
vingt-cinq ans plus tôt en réalisant son
Landscape Manual, Jeff Wall dirige son attention
sur ce que la photographie a ainsi rendu visible dans
les pratiques conceptuelles : « Il est possible
que le choc fondamental que la photographie a provoqué
ait été de fournir une description dont
on pouvait faire l’expérience comme on fait
l’expérience du monde visible, et ce, comme
jamais auparavant. Une photographie montre donc un sujet
en montrant ce qu’est l’expérience;
dans ce sens, elle propose “une expérience
de l’expérience” et définit
cela comme la signification de la description »2.
En plus d’être investi des manières
de penser le monde, le fait photographique est révélateur
des manières de le faire.
À la façon de ces trois œuvres inaugurales
dans le contexte d’une certaine pratique
de la photographie canadienne, les œuvres des douze
artistes de la présente exposition rendent visibles
les mécanismes réels et illusionnistes qui
participent à la production de l’espace photographique.
Leurs images sont ainsi conçues comme des scènes
d’apparition où accèdent à
la visibilité aussi bien des manières de
faire que des manières de penser l’espace,
qu’il soit réaliste ou improbable. Les lieux
où ils choisissent de travailler en sont de bons
indicateurs. Qu’ils réalisent leurs images
en studio ou sur des sites – la ville, le jardin,
le paysage, le musée, le laboratoire, le parc thématique,
le lieu de travail – la plupart de ces lieux sont
déjà scénarisés. Leurs images
nous permettent ainsi d’apercevoir ces décors
et d’interroger leur rôle dans la production
du sens ou de l’idéologie. Pour tous les
artistes de cette exposition, on le comprend, la vue devient
aussi importante que l’espace vu, et sa construction
intéresse autant, sinon davantage, que l’espace
apparemment décrit.
1. Jeff Wall cité par Dennis Wheeler, « The
Limits of the Defeated Landscape:
a review of Four Artists », Artscanada, juin 1970,
p. 51.
2. Jeff Wall, « Marques d’indifférence
: aspects de la photographie dans et comme art conceptuel
», Essais et entretiens. 1984-2001, Paris, École
nationale supérieure des beaux-arts, 2001, p. 310.Tous
les textes sont extraits du catalogue d’exposition.
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