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RYTHMES
URBAINS
KINGA ARAYA, GWENAËL BÉLANGER, CLARA GUTSCHE, THOMAS
KNEUBÜHLER, DAVID MILLER, ALAIN PAIEMENT, GABOR SZILASI,
BILL VAZAN
EXPOSITION DU CONSEIL DES ARTS DE MONTRÉAL
EN TOURNÉE CONÇUE ET RÉALISÉE PAR
VOX
COMMISSAIRE : CLAUDINE ROGER
Galerie
Stewart Hall, 176, chemin Bord-du-Lac, Pointe-Claire,
du 24 mars 2007 au 6 mai 2007, ouverture
officielle le 25 mars à 14 h
Salle de diffusion Parc-Extension, 421 Saint-Roch, Montréal,
du 10 mai 2007 au 17 juin 2007
Maison de la culture Rosemont / Petite Patrie, 6707, avenue
de Lorimier, Montréal,
du 26 juin 2007 au 18 août 2007
Maison de la culture Ahuntsic, 10300, rue Lajeunesse, Montréal,
du 24 août 2007 au 29 septembre 2007
Galerie Port Maurice, 8428, boul. Lacordaire, Montréal,
du 5 octobre 2007 au 3 novembre 2007
Pavillon de l’Entrepôt, 2875, boul. Saint-Joseph,
Lachine,
du 9 novembre 2007 au 6 janvier 2008
Centre culturel de Verdun, 5955, rue Bannantyne, Montréal,
du 12 janvier au 10 février 2008
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par
Claudine Roger
Les villes sont un ensemble
de beaucoup de choses : de mémoires, de désirs,
de signes d’un langage ; les villes sont des lieux
d’échanges, comme l’expliquent tous
les livres d’histoire économique, mais ce
ne sont pas seulement des échanges de marchandises,
ce sont des échanges de mots, de désirs,
de souvenirs. \\ Italo Calvino, Les Villes invisibles,
Paris, Éditions du Seuil, coll. Points, 1996, p.
6.
La ville fascine. À la fois objet de répulsion
et de séduction, elle fut très tôt
le thème de prédilection de nombreux artistes
et le champ privilégié de diverses expérimentations
artistiques. Attentifs au mouvement et au spectacle de
la ville au quotidien, ces derniers ont depuis plus d’un
siècle su saisir avec une extrême sensibilité
des instants fugitifs étroitement liés à
la vie urbaine.
La photographie est rapidement devenue un outil privilégié
pour observer le paysage urbain et ses transformations.
Rapide et précis, l’appareil photographique
permet de saisir avec intensité le rythme accéléré
de la vie. Il fixe les événements, détaille
les architectures et les lieux et surtout préserve
de multiples informations pour notre mémoire collective.
Plusieurs photographes (Atget, Cartier-Bresson, Nègre,
Stieglitz, etc.), et plus précisément ceux
associés à l’école américaine
(Evans, Franck, Friedlander, Strand, entre autres), ont
choisi le genre particulier du documentaire photographique
pour représenter la ville moderne sous ses multiples
visages. Le passant, la rue, l’architecture, les
signes urbains, mais aussi l’hétérogénéité
des populations ont captivé ces photographes dans
une perspective de reportage social et de pratique esthétique.
Ils ont parcouru la ville à la recherche d’images,
faisant de la rue le point de départ d’une
photographie plus subjective et engagée à
saisir une nouvelle vision du monde. L’esthétique
de la photographie de rue américaine marquera profondément
l’histoire de la photographie et servira de modèle
pour les générations qui, à leur
suite, arpenteront les villes.
Territoire artificiel, aménagé selon la
représentation que l’homme se fait du monde,
le paysage urbain ne cesse d’interpeller les artistes
aujourd’hui encore comme en témoignent les
pratiques réunies dans la présente exposition.
Ces pratiques portent sur différents enjeux de
l’espace urbain en traitant, entre autres, de la
transformation et de l’évolution de la ville,
des strates de son histoire, de son insertion dans le
paysage ou encore des diverses façons de l’habiter.
Ici le dialogue entre des travaux historiques et contemporains
nous permet d’observer différentes approches
photographiques de la ville. Ces artistes nous obligent
en tant que spectateur et citadin à ralentir et
à regarder la ville autrement. Leurs images nous
séduisent, nous remettent en question. Elles nous
obligent à revoir notre perception de la ville
et notre rapport avec elle.
FAIRE CORPS AVEC LA VILLE
Plus de la moitié de la population mondiale vit
actuellement dans les villes. Cette urbanisation marque
et bouleverse le paysage en soulignant plus que jamais
l’importance des relations entre l’homme et
la ville. La ville évolue, se fragmente sous l’impulsion
de l’homme qui est la fois acteur et témoin
de ces profondes transformations. « Je suis un homme
des villes; je suis né, j’ai grandi, et j’ai
vécu dans des villes. Mes habitudes, mes rythmes
et mon vocabulaire sont des habitudes, des rythmes et
un vocabulaire d’homme des villes. La ville m’appartient
», a écrit Perec1.
L’homme et la ville forment un ensemble indissociable.
Le phénomène de la ville se présente
comme une dimension constituante de l’existence
humaine, d’une vie qui n’est autre qu’un
ensemble articulé de rapports et d’expériences
difficilement cernables. Dans notre rapport de proximité
avec l’espace urbain, notre corps ne peut être
privé de sensations, il est activé et influencé
par l’environnement qui l’entoure, par les
multiples rapports sociaux et il agit sur eux. Chacun
fait corps avec la ville et celle-ci ne peut être
mise à distance, réduite à un espace
extérieur ou soumise à une vue surplombante.
Il s’agit plutôt d’échanger avec
la ville, de la pratiquer afin de faire ressortir ses
singularités.
Ce rapport homme-ville, les artistes de cette exposition
l’énoncent de différentes façons.
Certains soulignent la valeur de l’architecture
comme déterminante de la qualité de l’environnement
d’un individu et de la place qu’elle occupe
dans la mémoire d’une collectivité
et d’une ville (Gabor Szilasi et David Miller) ou
encore révèlent de manière intimiste
comment certains lieux dévoilent un monde intérieur
(Clara Gutsche). D’autres rappellent que la ville
est façonnée au quotidien par les usages
du citadin (Gwenaël Bélanger et Bill Vazan)
et qu’elle est habitée et nourrie par les
multiples cultures qu’elle abrite et qui, transportant
leur passé et leur mémoire, forment son
présent (Kinga Araya). Enfin, d’autres dénoncent
l’étalement urbain qui fractionne la ville
et influence des manières de se comporter (Thomas
Kneubühler) ou interrogent la façon d’occuper
l’espace en cartographiant la ville et ses bâtiments
(Alain Paiement).
C’est par le déplacement – pensons
au flâneur de Charles Baudelaire – par diverses
rencontres et interactions avec l’autre que se construit
et se transforme la représentation du paysage urbain.
Attentifs à la circulation et au spectacle urbain
au quotidien, les artistes de cette exposition ont arpenté
la ville et sa périphérie à la recherche
d’expériences et de situations potentielles.
Parcourir la ville en la photographiant, c’est réécrire
son histoire à chaque foulée. À la
manière des artistes qui ont sillonné différentes
villes chargées de mémoire, nous vous proposons
un parcours, une déambulation dans ces villes et
leurs différentes zones.
1. Georges Perec, Espèces
d’espaces, Paris, Galilée, 1974/2000,
p. 136.
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