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Études
La vitesse ravit au regard toute possibilité
de scruter le mouvement dans ses états successifs,
d’observer un comportement dans ses particularités
ou d’analyser la cinématique des corps
ou des choses. Or, c’est bien connu, l’invention
de la photographie a introduit un nouveau paradigme
épistémologique qui a permis de réaliser
un arrêt sur les images du monde. Ainsi, à
l’ère industrielle, au moment où
tout s’accélère, on invente paradoxalement
la vision de la lenteur si essentielle à l’étude
scientifique. C’est à une telle expérience
que nous convient les photographies d’Eadweard
J. Muybridge et les vidéos d’Henrik Håkansson.
Leurs images captivent l’attention et offrent
une vision inattendue du temps et du mouvement.
Poussé par le motif de démontrer qu’un
cheval au galop n’a par moments aucun appui au
sol, Eadweard J. Muybridge élabore entre 1877
et 1879, avec l’aide d’ingénieurs,
un poste de prise de vues multiples qui permet de disséquer
le mouvement du cheval. Il invente la chronophotographie
qui dissocie et fige les poses successives et offre
ainsi un nouvel outil pour étudier la locomotion
humaine et animale. Titulaire d’un poste à
l’université de Pennsylvanie à Philadelphie
à partir de 1884, Muybridge y réalise
des milliers de clichés d’humains et d’animaux
en utilisant des appareils à déclenchement
successif placés en ligne. Les mouvements ainsi
captés sont minimes, parfois difficilement perceptibles,
ce qui perturbe la logique temporelle des actions qui
s’y déroulent. Les douze planches réunies
ici – prêtées par le Musée
d’art de Joliette – sont tirées de
cette vaste entreprise intitulée Animal Locomotion.
L’avènement de la photographie, du cinéma
puis de la vidéo a indéniablement transformé
la manière d’observer le monde naturel.
Avant l’invention des dispositifs de captation
et d’amplification technologiques, la nature s’observait
directement, en temps réel. Aujourd’hui,
l’image et l’enregistrement sonore s’interposent
résolument dans nos rapports au monde. L’observation
de la nature et les processus de médiation sont
au cœur du projet artistique d’Henrik Håkansson.
L’artiste suédois utilise la méthodologie
du documentaire scientifique – point de vue statique,
gros plan, image ralentie, absence d’interférences
humaines — pour étendre dans le temps et
l’espace une expérience sonore et visuelle
du monde animal. Ces fascinants spectacles nous rappellent
cependant la distance qui nous en sépare.
Cette exposition a été rendue possible
grâce à la collaboration du Musée
d’art de Joliette, de la galerie Franco Noero
et de Multi-Système.
communiqué
de presse (PDF)
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