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par Nelson
Henricks
Dans une société caractérisée par l'excès, il serait
tentant de considérer les images comme des produits
surabondants et sans valeur, vides et immatériels. Le
travail de Pascal Grandmaison jette un éclairage sur
les codes qui confèrent aux images leur autorité. Une
des façons d'aborder SPIN et DAYLIGHT est de voir cette
ouvre à la lumière du travail d'Andy Warhol, un artiste
qui, étrangement, est au même diapason que nous, au
XXIe siècle.
Le vide était l'essence de la démarche de Warhol. Le
vide warholien est troublant parce qu'il nous incite
à rechercher du sens à des endroits inhabituels. « Ce
qui est intéressant au sujet de Warhol, ce n'est pas
l'image rétinienne de l'homme qui peint 50 boîtes de
soupe en conserve, mais plutôt l'homme qui a l'idée
de peindre 50 boîtes de soupe en conserve. » (Duchamp)
Ainsi, le sens n'est plus un mystérieux code que l'on
doit extraire de l'objet d'art, mais un jeu auquel on
joue en situant l'art dans des contextes sociaux plus
larges. Il n'est pas question d'expression de soi quand
il s'agit des tableaux et des films de Warhol, car ceux-ci
dépeignent un monde à l'extérieur du soi.
Cette perspective est celle qui permet le mieux de comprendre
le travail de Grandmaison. En effet, les images créées
par l'artiste acquièrent un sens une fois inscrites
dans le contexte plus large des codes culturels. Dans
la projection vidéo, nous voyons une série de panoramiques
vers le bas et de visages en très gros plan. Aucune
émotion n'émane des sujets. Évoquant les Screen Tests
de Warhol, ils demeurent littéralement et figurativement
vides, animés essentiellement par les conventions cinématographiques.
Le grand écran donne à leur image des proportions monumentales,
et la vibration de l'image leur communique un tremblement
empreint d'une anxiété dramatique. Le travail de Grandmaison
porte sur le cadre qui investit les images de son pouvoir,
et non sur un sens qui leur serait inhérent.
L'importance du contexte (par opposition au contenu)
s'insinue également dans la composante photographique
de l'exposition. Deux tubes fluorescents, appuyés dans
un coin contre un arrière-plan photographique rudimentaire,
sont baignés par la lumière du jour. Des lampes vides
mais néanmoins illuminées ; la lumière considérée à
la fois comme sujet et comme objet. Cette image constitue
en quelque sorte une réponse à des artistes conceptuels
comme Joseph Kosuth et Dan Flavin, poursuivant plus
avant le questionnement sur la relation entre signes
et sens, forme et fonction. Mais la lumière est aussi,
depuis longtemps, le sujet de la peinture. L'évocation,
de la part de Grandmaison, d'artistes tels que Zurbarán
ou Georges de La Tour confère une aura paradoxalement
sublime et mystique à un objet fabriqué en série qui
autrement demeurerait vide.
Grandmaison s'intéresse à la valeur et au regard. Qu'est-ce
qui donne aux images leur poids ? D'où tirent-elles
leur sens ? Au moyen d'une exploration ouverte de certaines
conventions relatives à la représentation, Grandmaison
évite adroitement la fermeture et la fixité.
Dans le même esprit, j'espère que le présent
texte ne contribue que partiellement à mettre
en lumière les nombreux mystères que renferme
SPIN et DAYLIGHT.
communiqué de presse (PDF)
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