| |
À ce moment-ci du projet, six semaines avant
le début de la manifestation, je réalise
des parcours vidéographiques arbitraires dans
le centre-ville. D’abord, mes explorations ne
captaient rien de particulier si ce n’est des
repères présents dans monchamp visuel.
C’est dans un deuxième temps, au visionnement,
à la manière du film Blow-Up
d’Antonioni, que se révèle le quartier.
Au détour des marqueurs choisis apparaissent
les surfaces, les textures, les mots, les objets ou
leurs abstractions. Cette matière ainsi captée
par la caméra produit du sens ou, inversement,
désorganise un sens trop homogène. Peut-on
vraiment saisir le quartier avec ces regards, ces passages
rapides, ces attouchements en surface? Dans Blow-Up,
le corps du délit est nu et féminin, je
ne peux m’empêcher de faire un parallèle
avec le quartier. Ce corps y est encore offert dans
les commerces érotiques, les cinémas pornographiques
où, assez souvent, il prend la forme d’une
proposition directe dans la rue (« Est-ce que
je peux te parler deux minutes? », « Allô,
veux-tu parler? », « Are you busy? Come
with me? »). Suivre les trottoirs comme elles
le font en posant un regard déphasé sur
les choses et parcourir la bande vidéo par des
mouvements de va-et-vient – ralentir ou accélérer
le défilement, arrêter sur une image ou
la laisser avancer lentement – résument
peut-être mon investigation du quartier.
|
|