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Les Projections de Maria Eichhorn
par Nora M. Alter
La pratique artistique de Maria Eichhorn défie
toute catégorisation facile. Son œuvre originant
de l'héritage Fluxus et de la tradition de l'art
conceptuel couvre une vaste gamme de genres et de médias
allant des textes muraux aux livres d’artistes,
des événements mis en scène aux
entrevues approfondies, des colloques multithèmes
aux panneaux d’affichage publics, du film à
la vidéo. L’exposition de VOX se concentre
sur ces deux derniers. Elle se compose, entre autres,
du film 16 mm Film Lexicon of Sexual Practices
(1999-2005), de la vidéo Shares in the Kunsthalle
Bern (2005), de même que du documentaire vidéo
The Social-Historical Background to the Artist’s
Contract tiré de son projet sur «
The Artist’s Reserved Rights Transfer and Sale
Agreement » by Robert Projansky and Seth Siegelaub
(1998) réalisé par Robert Projansky et
Seth Siegelaub. Elle inclut également un documentaire
en référence à Billboard Istanbul
Biennial 1995 (2005).
C’est peut-être le titre d’un projet
de livre collectif, No Credits (2005), auquel
elle a participé, qui rend le mieux le caractère
insaisissable de la pratique artistique d'Eichhorn.
L’ouvrage, comme la majeure partie de l’œuvre
de l’artiste, consiste en un projet conjoint conçu
par des étudiants d’Eichhorn à Zurich.
Il est composé de déclarations, d’entrevues
et d’interventions artistiques qui commentent
et interrogent le fonctionnement de l’école
d’art en tant qu’institution. Le rôle
d’Eichhorn est celui de catalyseur; elle invite
un grand nombre de participants à un dialogue
et coordonne celui-ci. En réalité, la
stratégie d’Eichhorn agissant comme metteur
en scène est caractéristique de beaucoup
de ses projets. Parmi ceux-ci, notons Curtain (Denim)/Lectures
by Yuko Fujita, Mika Obayashi 1989/1997/1998 dans
le cadre duquel elle a organisé une série
de conférences anti-nucléaire, suivie
de la publication d’un livre, et sa participation
à l’exposition collective Kopfbahnhof/
Terminal (1995) présentée dans la
gare centrale de Leipzig. Pour cette dernière,
Eichhorn a organisé une tombola dont les prix
étaient des billets aller-retour entre Leipzig
et vingt et une destinations diverses. Les voyageurs
participaient ainsi activement à l’œuvre
et l’acte de voyager y devenait une partie intégrante.
De même, pour Arbeit/Freizeit (Work
time/Leisure Time, 1996), Eichhorn a mené
une enquête auprès des employés
de la Fondation Generali à Berlin, demandant
à chacun de décrire le rapport entre le
travail et les loisirs, et de choisir un objet qui,
pour eux, représentait le mieux ces deux réalités.
Une grande quantité de ces objets ont ensuite
été exposés dans une vitrine du
hall de la Generali Foundation.
Eichhorn repousse les limites de ce qui constitue traditionnellement
le rôle de l’artiste – elle se sert
souvent des forces institutionnelles dans une tentative
de subvertir leur logique. Si le public était
l’acteur principal dans ses premiers projets,
depuis sa participation en 1997 à l'exposition
Skulptur Projekte Münster/Sculpture. Projects
in Münster (Purchase of the Plot at Corner Tibusstrasse/Breul,
Province Münster, Hall 5, No. 672), Eichhorn
mobilise de plus en plus documents juridiques, contrats
et lois économiques qui déterminent les
mouvements des capitaux. Ainsi, dans Maria Eichhorn
Public Limited Company, œuvre désormais
célèbre depuis son exposition en 2002
à la Documenta 11, l’artiste a utilisé
les fonds de production qui lui avaient été
alloués pour créer une véritable
société par actions.
Le film et la vidéo ne constituent qu’une
mince portion de la pratique artistique d’Eichhorn.
Tout comme pour les autres supports avec lesquels elle
travaille, la spécificité matérielle
de ces médias est moins importante que la vision
critique sur laquelle elle fait reposer son œuvre.
Dans certains cas, comme dans Billboard Istanbul
Biennial 1995 (2005), la vidéo fonctionne
comme un livre d'artiste – dans les deux cas,
ce qui est montré est la trace d'une action ou
d'un événement antérieur organisé
par l'artiste. De telles traces ne servent pas seulement
de documentation puisque Eichhorn intègre également
des séquences d’entrevues récentes
et d’autres documents qui traitent délibérément
et de manière dialogique de l’état
actuel des événements tout en posant une
réflexion sur le passé. Par contraste,
Shares in the Kunsthalle Bern est un film promotionnel,
conforme aux spécifications de la publicité
institutionnelle qui sert à promouvoir la vente
d’actions d’une société –
dans ce cas-ci le Kunsthalle. Avec une bonne dose d’ironie
corrosive, Eichhorn propose des images mises en scène
d’« acheteurs » potentiels. Le film
est présenté accompagné d’imprimés
reliés en deux volumes exposant en détail
la logique sous-tendant le projet ainsi que des actions
élégamment encadrées. Pour sa part,
Film Lexicon of Sexual Practices comprend sept
clips muets 16 mm couleur de trois minutes. Dans chaque
séquence, une caméra statique a filmé
en gros plan la représentation de l’un
des termes du glossaire qui décrivent des activités
comme le « Cunnilingus », le « Coït
», le « Lèchement de sein »
et le « Ligotage » ou des parties du corps
comme la « Bouche », le « Clitoris
» et les « Yeux ». L’artiste
a fourni une définition de dictionnaire pour
chaque terme. La caméra immobile, le silence
et la vue fragmentée produisent un effet de glossaire
visuel où les définitions encyclopédiques
sont traduites dans une forme cinématographique.
Dans cette œuvre, la présentation des films
est aussi importante que les films eux-mêmes.
Ils sont conçus pour être visionnés
comme film unique, et non en boucle, et leur projection
est de taille plutôt petite (environ 60 cm de
largeur). Un projectionniste professionnel présent
dans la salle d’exposition est chargé de
présenter les films choisis par les visiteurs.
Si aucune demande n’est faite, aucune image n’est
projetée. La performance du projectionniste fait
partie de l’œuvre au même titre que
les films. Contrairement à l’habitude,
le projecteur de films est installé dans un espace
d’exposition baigné de lumière naturelle.
Dans ce cas-ci, le film n’est pas constitué
simplement d’images sur celluloïd, mais englobe
toute une pratique et un événement.
Cette exposition est présentée
avec le soutien de l'Institut für Auslandsbeziehungen
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