Summer Camp + Awodah, 2007, installation vidéo, double projection simultanée de 12 min,
bande sonore, dimensions variables.
Avec l’aimable autorisation de
la Annet Gelink Gallery, Amsterdam.
YAEL BARTANA

Commissaire : Gaëlle Morel

Du 11 septembre au 24 octobre 2009. Vernissage le 11 septembre à 19h30.

Une exposition produite par VOX et présentée dans le cadre de la 11e manifestation du Mois de la Photo à Montréal.

Vues d'expositions | BIOGRAPHIE



PAR Gaëlle Morel

Le Mois de la photo à Montréal présente une exposition réunissant les travaux de l'artiste Yael Bartana s'inscrivant dans la thématique «Les Espaces de l'image».

Dans son installation vidéo Summer Camp + Awodah (2007), l’artiste israélo-néerlandaise Yael Bartana utilise le principe de la double projection pour se détacher des conventions documentaires. L’œuvre se réfère aux symboles et aux mythes propres à l’histoire d’Israël en s’appropriant le langage, la musique et les images de propagande des années 1930. L’ensemble est constitué de deux écrans placés dos-à-dos et disposés dans une cabine de projection en bois. D’un côté, Bartana montre la reconstruction d’une maison palestinienne démolie par l’armée israélienne au cours de l’été 2006, dans le village d’Anata, à l’Est de Jérusalem. La reconstruction est effectuée par les villageois locaux aidés par un groupe de bénévoles européens et israéliens engagés dans l’organisation non gouvernementale Israeli Committee against House Demolition (ICAHD, Comité israélien contre la démolition des maisons). Cette association non-violente entreprend ainsi des actes de résistance singuliers choisissant de construire plutôt que de détruire1. Traditionnellement, la construction symbolise la renaissance du peuple juif et sa résurrection sur la terre d’Israël.

Simultanément à cette première vidéo, Bartana présente un extrait du film d’Helmar Lerski Awodah (1935), réalisé pour promouvoir l’immigration des pionniers juifs d’Europe de l’Est en Palestine. La musique du film, composée par Paul Dessau et traduite pour un ensemble de dix musiciens jouant des instruments occidentaux et arabes, accompagne les deux projections. Si d’un côté la bande son correspond au lyrisme de l’épopée présentée, de l’autre, l’effet produit un profond décalage entre les images et la mélodie. La synchronie musicale accentue l’écart visuel. Pour résister à l’idéologie expansionniste, l’artiste utilise les codes formels propagandistes des films commandés par l’Agence Juive ou le Fond National Juif et hérités du réalisme socialiste : contre-plongées, plans rapprochés, exaltation des corps, concentration sur l’action entreprise, absence de dialogues, etc. Ainsi, Yael Bartana utilise « le langage idéologique héroïque de l’époque sioniste pour démontrer sa désintégration 2 ».



1. Sergio Edelsztein, « Utopias and Historical Reversibility », dans Yael Bartana, Short Memory, Tel Aviv, The Center for Contemporary Art, 2008, p. 26.
2. Galit Eilat, « Non Zionist Propaganda », dans Yael Bartana, Short Memory, ibid., p. 108. (Notre traduction.)


Site Internet du Mois de la Photo à Montréal


Note biographique Yael Bartana est née en 1970 à Kfar Yehezkel, Israël. Elle vit et travaille à Tel-Aviv, Israël, et à Amsterdam, Pays-Bas.

Dans son œuvre vidéo, l’artiste investit des lieux et des temps spécifiques : la colline de Gilad – théâtre d’une évacuation forcée en 2002 – devenant le terrain de jeu d’un groupe d’adolescents (Wild Seeds, 2005), la minute de silence de Yom Hazikaron (Jour du souvenir à la mémoire des soldats israéliens tués au combat) arrêtant un instant le trafic routier (Trembling Time, 2001), un chantier de reconstruction (Summer Camp, 2007), une compétition de camions dans les dunes (Kings of the Hill, 2003). Extraites de scènes ordinaires, les séquences portent néanmoins le poids d’une signification politique. Les premières œuvres de Yael Bartana réalisées dans les années 1990 filment les rituels collectifs où se dessinent en filigrane les enjeux idéologiques latents d’Israël. À partir des années 2000, le travail de l’artiste porte sur le fondement de la nation et sa complexe construction identitaire, envisagés à travers les archétypes de la propagande sioniste. Yael Bartana se saisit de cet héritage historique de films, de discours ou d’affiches qu’elle associe à ses propres images (Summer Camp, 2007) ou dont elle recrée l’esthétique par mimétisme (Mary Koszmary, 2007). Les stratégies de montage et de superposition présentes dans ses films et ses photographies font coexister les séquences – capturées sur le vif – et les images de propagande qui sont dès lors lentement démantelées et dépossédées de leur verve politique originelle. Présentant des œuvres qui échappent à toute interprétation figée, Yael Bartana rejoue sans cesse les récits possibles d’Israël et ses dynamiques sociales.

L’artiste a participé à différentes expositions en Israël (« We Never Looked Better », Museum of the Jewish People, Tel-Aviv, 2008 ; Sommer Contemporary Art, Tel-Aviv, 2004) et à la Documenta 12 (Kassel, 2007). Le P.S.1 lui a consacré  plusieurs expositions personnelles (New York, 2003, 2008).








crédit : Michel Brunelle