JOHN BALDESSARI
Commissaire : Marie-JosÉe Jean
Du 1 avril au 1 mai 2010. Vernissage le 1 avril à 17 h.
Vues d'expositions | BIOGRAPHIE
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John Baldessari. Films et vidéos des années 1970
PAR MARIE-JOSÉE JEAN
« All art comes from art », soutient John Baldessari1. L’artiste de Los Angeles a souvent été considéré comme l’un des représentants les plus importants de l’art appropriationniste de la Côte ouest américaine. Pourtant son travail, plus particulièrement ses films et ses vidéos, ne repose pas sur le simple geste de s’approprier une image ou un texte déjà existant et de le recontextualiser. Baldessari traite plutôt le matériel approprié comme un problème. À cette manière de problématiser l’art s’ajoute une attitude impertinente qui situent ses œuvres des années 1970 dans une tradition conceptuelle marquée par un humour pénétrant absolument délectable.
L’anecdote est légendaire : en 1968, John Baldessari réalise une première exposition individuelle de son travail à la Molly Barnes Gallery de Los Angeles. Il y présente une sélection de tableaux-textes comprenant des énoncés tel que « Everything is purged from this painting but art, no ideas have entered this work » (1968). Au même moment, à quelques pas seulement de la Molly Barnes Gallery, Joseph Kosuth inaugure une exposition à la Eugenia Butler’s Gallery. Cet artiste est déjà reconnu comme étant, avec Sol LeWitt, l’un des représentants de l’art conceptuel new-yorkais. Ayant de toute évidence vu l’expositon de Baldessari, il écrit entre parenthèses dans la seconde partie de son texte « L’art après la philosophie » : « (Bien que les amusantes peintures pop de John Baldessari se rapportent au travail actuel de l’art conceptuel en prenant la forme de “cartoons” conceptuels, elles ne sont pas significatives pour la présente discussion) » 2 . Évidemment, la pratique de Baldessari ne repose pas sur des contenus conceptuels strictement analytiques, elle ne cherche pas à produire un art théorique, elle relève bien davantage d’une pensée ironique qui met en question la signification de l’art et de son système. L’ironie est inhérente à sa démarche conceptuelle puisqu’elle permet d’opérer un décalage nécessaire et significatif entre ce qui est lu, ce qui est vu et ce qui est compris. Pourtant, c’est précisément cet humour ironique qui amène Kosuth à le reléguer dans la catégorie artistes pop. En réaction à ce texte, Baldessari réalise la vidéo Baldessari sings LeWitt (1972) où il interprète les trente-cinq articles constituant le texte fondateur de l’art conceptuel sur des airs de musique populaire tels que The Star-Spangled Banner et Heaven. Après tout, c’est Sol LeWitt qui affirmait à l’article 15 de ce texte « Puisqu’aucune forme n’est intrinsèquement supérieure à une autre, l’artiste ne doit en privilégier aucune, de la conception (écrite ou parlée) jusqu’à la réalisation ». Baldessari ne fait que pousser un degré plus loin la logique de LeWitt en offrant une version chantée de son texte, libérant ainsi l’art conceptuel du clivage injustifié existant entre art populaire et art intellectuel. Car, comme le rappelle également LeWitt à l’article 33, « Il est difficile de “bousiller” une bonne idée »3.
L’exposition présentée à VOX propose une sélection de performances et d’investigations conceptuelles ayant été filmées entre 1971 et 1977 laquelle offre l’occasion de se mesurer aux jeux d’esprit lucides de John Baldessari.
1. Cité par Russell Ferguson, « Unreliable Narrator », John Baldessari. Pure Beauty, Londres, Tate Publishing, 2009, p. 92.
2.
Joseph Kosuth, « Art after Philosophy », partie II, Studio International 178, n° 916, novembre 1969, p. 161. Traduction libre. Anecdote relatée notamment par Leslie Jones, « Art Lesson: A Narrative Chronology of John Baldessari ‘s Life and Work », Pure Beauty, Londres, Tate Publishing, 2009, p. 49.
3.
Sol Lewitt, « Positions », Art en théorie 1900-1990. Une anthologie par Charles Harrison et Paul Wood, Paris, Hazan, 1997, p. 913-914.
Note biographique Baldessari est né en 1931. Il a reçu un B.A. et un M.A. de l'université de San Diego. Il est une figure marquante pour toute une génération d’artistes qui a suivi son enseignement à la Southwestern University de Californie, à l'Université de Californie à San Diego et au California Institute of the Arts à Valencia (CalArts). Son travail a été exposé internationalement dans le cadre d'expositions personnelles, notamment au Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig (Vienne), au Deutsche Guggenheim (Berlin), au Stedelijk Museum d'Amsterdam, à la Sonnabend Gallery (New York), au Museum Folkwang à Essen (Allemagne), au Contemporary Arts Museum (Houston), au Santa Barbara Museum of Art (Californie) et au Centro de Arte Reina Sofia (Madrid). Il a également présenté son travail dans plusieurs expositions collectives au Contemporary Arts Museum (Houston), aux Documenta 4,5 et 6 de Cassel (Allemagne), à la Biennale de Venise, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au Everson Museum of Art de Syracuse, au Museum of Modern Art de New York, au Kolnischer Kunstverein de Cologne et à la Whitney Museum of American Art Biennial de New York. En 2009, son travail a été l'objet d'une rétrospective majeure à la Tate Modern de Londres, laquelle sera ensuite montrée au Museu d’Art Contemporani de Barcelone, au Los Angeles County Museum of Art et au Metropolitan Museum of Art, New York. Plusieurs monographies ont été publiées sur son travail et ses œuvres font partie des plus prestigieuses collections.




crédit : Michel Brunelle
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