La pratique filmique de Mark Lewis pourrait être comparée à un making of ambitieux qui interroge les méthodes de cette industrie tout en manipulant habilement la réalité de ses illusions. Mark Lewis réalise un « cinéma en pièces », comme il le qualifie, c’est-à-dire qu’il isole ses éléments (le générique, la fin, les figurants, le genre, etc.), dans le but de les réarranger sous la forme d’une œuvre autonome. Cette méthode lui permet de dévoiler les stratégies rhétoriques des producteurs d’images, d’observer la façon dont le cinéma génère ses propres formes, de désarticuler ses codes et ses conventions formelles, de déstabiliser ses traits génériques en pastichant ses tactiques, ou d’ironiser sur les moyens spectaculaires qu’il déploie. Lewis s’intéresse également aux modes de production du cinéma et à la division du travail qu’il implique. C’est du moins ce que suggère la série Location Photos qui nous situe en amont de la production en renvoyant au repérage des lieux. Cette catégorie d’images sert essentiellement d’esquisse préparatoire et n’est habituellement pas censée donner lieu à une présentation publique. Leur caractère souvent banal conjugué à l’absence de contextualisation adéquate invalide leur fonction informative. Elles ne contiennent aucune précision sur la nature du film, elles ne permettent pas toujours de localiser le lieu du tournage et encore moins de saisir l’action qui s’y est déroulée. Tout au plus renvoient-elles de manière allusive à des films existants ou à venir. Location Photos produit ainsi un effet de sens particulier, comme une torsion du sens qui rend compte d’un conflit entre les interprétations littérales des images et leur fonction, que leur titre suggère. C’est que ces photographies de Mark Lewis perdent leur fonction illustrative au profit de leur autonomie esthétique.
D’origine canadienne, Mark Lewis vit et travaille à Londres. Depuis le milieu des années 1990, il explore les procédés du cinéma afin d’interroger son histoire et ses conventions. Souvent filmées en Cinémascope et transférées en DVD, ses œuvres prennent la forme de très grandes projections dans de vastes espaces. Reconnu tant en Amérique qu’en Europe, son travail a fait l’objet de maintes expositions individuelles. Ses films ont également été présentés dans des expositions collectives qui ont conceptualisé l’intérêt grandissant des artistes contemporains pour les propriétés temporelles et narratives du cinéma : Re-makes au CAPC Musée d’art contemporain de Bordeaux, (Based upon) True Stories, au Witte de With à Rotterdam, en 2003, Liverpool Biennal à la Tate Liverpool, en 2002, le Mois de la Photo à Montréal, en 2001, Intelligence: New British Art 2000 à la Tate Britain de Londres, en 2000, Cinema! Cinema! The Cinematic Experience au Stedelijk Van Abbemuseum d’Eindhoven, en 1999, et L’effet cinéma, au Musée d’art contemporain de Montréal, en 1997.
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