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La couleur du confort

Karin Bubas, Jules de Niverville, Susan Dobson, Karin Geiger, Chris Gergley, Alan Hoffman, Éric Lamontagne, Maureen Rodrigues-Labrèche, Caroline Sweeling Teo.

commissaire : Élène Tremblay
  Derrière l’alignement des petites maisons de banlieues bâties sur le même modèle, les grandes rues propres et vides, les entrées désertes des édifices à appartements, se déroulent des vies qui ne demandent qu’à éclater hors de la monotonie de leurs environnements. Pourtant ceux-ci ont laissé des traces indélébiles dans l’imaginaire de l’enfance. Des odeurs : la pelouse fraîchement tondue, la fournaise à l’huile au sous-sol, l’asphalte nouvellement étendue, les détergents domestiques. Des couleurs : l’orange du tapis à poils longs, le vert du fauteuil, le bleu des jeans, le gris du béton de l’école. Des matières : le plastique lisse et rose, le simili-bois, le vinyle. Et dans ce décor, des sentiments et des désirs : la solitude, l’ennui, les copains, grandir dans la tranquillité des banlieues nord-américaines et puis enfin partir pour la ville, pour le monde.

Pour la plupart enfants des années 60 et 70, adultes des années 90, les artistes regroupés dans cette exposition sont imprégnés de l’univers où ils évoluent. Leurs travaux ne s’inscrivent pas à distance de la culture qui les entoure mais en sont plutôt des parties prenantes et actives. Sans le cynisme du postmodernisme, sans l’aura d’héroïsme des photojournalistes, ni l’idéalisme des modernistes, ils saisissent le monde avec boulimie et fascination.

Ils tournent leur caméra vers le monde non pas avec innocence mais avec une curiosité informée et choisissent de se pencher sur des dimensions culturelles occultées et en apparence banales : le quotidien d’adolescentes de la communauté de Vancouver (Karin Geiger), la vie familiale en banlieue montréalaise (Maureen Rodrigues-Labrèche), les entrées désertes d’édifices à appartements (Chris Gergley), les portraits de jeunes femmes dans la vingtaine (Caroline Sweeling Teo), les bungalows en construction dans les terrains déboisés des banlieues (Susan Dobson), les hauts et les bas de jeunes hommes prostitués et toxicomanes new yorkais (Jules de Niverville), les lieux inquiétants aux allures de maquettes (Alan Hoffman), les intérieurs désuets (Karin Bubas) et la vie nocturne des petits quartiers montréalais (Éric Lamontagne).

Exposition produite par VOX, centre de diffusion de la photographie, présentée à
« Bitume/Bitumen » 99 Festival international de photographie à Bruxelles du 12 septembre au 10 octobre 1999
 
 
Caroline Sweeling Teo, Pink Semiotics (détail), 1998, 12 épreuves couleur.